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Un Général peu ordinaire
Extrait du livre "Le grand jour" de Gilles Perrault



Le Général Roosevelt


Ses soldats l'adoraient pour sa bravoure mais aussi pour sa simplicité. Il leur parlait comme s'il n'avait pas d'épaulettes. Et il savait trouver les mots capables de plaire à des New-Yorkais dégourdis que les grands discours faisaient bailler d'ennui. En Tunisie, alors que l'Afrika Korps résistait tenacement aux assauts américains, Roosevelt avait crié à ses hommes : "Allons les gars, on aplatit les Boches et on retourne à Oran casser la gueule à tous les types de la Military Police!" Les membres de la Military Police, chargés de maintenir la discipline dans l'armée américaine, n'étaient pas très populaires parmi les durs-à-cuire de la 1ère division. Et la Grand Un Rouge avait fait ce que lui avait demandé son fou de Roosevelt : après avoir aplati les Boches, elle avait cassé la gueule à la Military Police d'Oran.
Les grands chefs, exaspérés s'étaient finalement décidés à mettre au pas l'intenable 1ère division. On avait commencé par lui enlever ses deux généraux. Roosevelt en avait profité pour réaliser son troisième débarquement : il avait attaqué et enlevé la Corse avec les Français Libres. Mais il s'était retrouvé dans un état-major, occupé à faire de la paperasse, ce que detestait plus que tout au monde cet homme dynamique qui avait été explorateur avant d'entrer dans l'armée. Aurait-on la cruauté de le priver, lui le spécialiste, de son quatrième débarquement ? Resterait-il le derrière assis sur une chaise tandis que ses hommes iraient une fois de plus à l'abordage ? Cette seule pensée plongeait Roosevelt dans le désespoir.

Il écrivit à son supérieur, le général Bradley : "Si vous me demandez d'y aller à la nage avec un obus de 105 ficelé dans le dos, je suis d'accord. D'accord pour n'importe quoi! Aidez moi seulement à sortir de ce trou à rats." Bradley, tranquille et réservé, aimait beaucoup Roosevelt, dont les qualités et les défauts étaient exactement l'opposé des siens. Il le convoqua et lui dit : "Pas question pour vous de retourner à la Grand Un Rouge. Mais nous avons une autre division qui attaquera en première ligne : la 4°. Ses soldats n'ont jamais vu le feu. Votre présence parmi eux serait bien utile, mais je vous préviens que vous y laisserait probablement votre peau."
Ainsi le général de brigade Théodore Roosevelt se retrouvait-il pour la quatrième fois en cette aube du 6 juin 1944, dans une barge d'assaut filant à pleins gaz vers le rivage ennemi.

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