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Un Général peu ordinaire
Extrait du livre "Le grand jour" de Gilles Perrault



Le Général Roosevelt

Sur les trois régiments désignés pour débarquer à Omaha, l'un appartient à la 29° division, les deux autres à la 1ère division. L'insigne de la 1ère division représente le chiffre un, teint en rouge, aussi a-t-on surnommé cette unité la "Grand Un Rouge". Parachutistes mis à part, c'est à coup sûr la meilleure division américaine en Europe, la plus aguerrie, la plus ardente au combat. Ses hommes viennent pour la plupart de New York. Citadins, employés de bureau, ouvriers, ils n'ont pas la carrure impressionnante des géants du Texas ou de l'Ouest américain, mais ils proclament que le meilleur entrainement militaire, c'est encore la bagarre deux fois par jour dans le métro New Yorkais pour conquérir une place assise. Et leur général répète à ses collègues : "Mes types sont peut être petits, mais ils y vont de bon coeur".
La Grand Un Rouge en était à son troisième débarquement. On l'avait jetée une première fois sur les plages d'Afrique du Nord, en 1942, et elle avait écrasé en Tunisie les restes de l'Afrika Korps de Rommel. En 1943, c'était le tour de la Sicile. Dure bataille...Le deuxième jour, l'état major allemand lance contre la Grand Un Rouge la division blindée Hermann Goering, ses chars Tigre et ses granadiers d'élite. Les New Yorkais voient sans trembler le formidable rouleau compresseur dévaler de la montagne, détruisent la moitié des chars, se blotissent dans leurs trous individuels tandis que passent sur eux les Tigre rescapés allemands, les mettent en déroute, obligent ainsi les monstres blindés, privés de tout soutien d'infanterie,à regagner leur base de départ. Un fait d'armes remarquable de courage et de sang froid.

Mais sa gloire était montée à la tête de la Grand Un Rouge. Elle avait l'impression de gagner la guerre à elle toute seule. Orgueilleuse, indisciplinée, elle traitait par le mépris les ordres venus d'en haut et ne respectait que les deux généraux qui la commandaient. L'un s'appelait Allen. Son adjoint, encore plus populaire parmi la troupe, portait un nom célèbre en Amérique : Roosevelt. Cousin très éloigné de Franklin Roosevelt, président des Etats-Unis en 1944, il était le fils aîné de Théodore Roosevelt, qui avait été lui aussi élu président en 1901. C'était un petit homme au visage ridé, à la voix rauque, dont le général Bradley devait dire après sa mort : "Je n'ai jamais rencontré d'homme aussi courageux que lui".

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