"Le
planeur Horsa, c'est la pièce majeure du musée
qui nous manquait. J'en rêvais." Marc Jaquinot,
directeur du Mémorial Pegasus de Bénouville joue
au commandant de bord dans le cockpit naissant. Le nez profilé frotte
la porte du hangar. Dérrière, le large et long
fuselage, tout contre-plaqué. Dans l'ancienne menuiserie
du village lorrain de Lachaussée, deux fous d'avions
se sont lancés dans une aventure un peu folle pour le
soixantième anniversaire de Débarquement, en
2004. Aidés d'une bande de copains, Michel Lefort et
Thierry Paigon reproduisent à l'identique un des fameux
planeurs Horsa, libérateurs du pont de Bénouville.
Au nord de Cean, ce haut-lieu historique, devenu Pegasus Bridge,
fut le premier endroit libéré par les Anglais,
le 6 juin 1944, à 0h16. |
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"Les
gars, saviez-vous qu'il y a une erreur dans le Jour le plus
long? Ils ont inversé la place du pilote. Tous les virages
se sont pris à droite. Dans le film, ils virent à gauche!" Les
gars savaient. Accros du détail, Michel Lefort et Thierry
Paigon, deux Normands devenus Lorrain par les hasards de lavie,
sont incollables sur l'histoire du Horsa, l'hélicoptère
de l'époque.
"Quand le Comité du débarquement, proprétaire du musée,
nous a donné son accord, l'été dernier, raconte Michel,
nous sommes partis en Angleterre avec Marc à la recherche de documents,
de témoignages."
Des 3 800 appareils de ce type construits pendant la guerre, 352 ont atterri,
l'été 44, aux alentours du canal de Caen à la mer. Tous
ont disparu. "C'étaient des planeurs Kleenex, inutilisables après
usage." Seuls subsistent des morceaux chez des collectionneurs. "Pour
le train avant, j'ai récupéré une roue d'époque."
Fils de pilote, "à l'époque où les HLM du quartier
caennais de la Guérinière étaient encore terrain d'aviation
militaire", Michel Lefort, mouliste de métier, a déjà construit "26
avions qui volent". Précision utile car le Horsa, lui, ne volera
pas. "C'était la condition imposée par la compagnie anglaise
De Haviland pour nous fournir les plans." Dans leur atelier de fortune,
où il fait "très frisquet l'hiver", les avionneurs amateurs
carburentau café et à la passion. "Celui qu'on fabrique s'est
posé à 0h16. C'était le premier avec vingt-huit hommes à bord.
Tracé par un Dakota, il fut lâché au-dessus des plages du
Calvados." L'histoire est au bout du rabot, dans ce village perdu de Lorraine,
voisin de Scy-Chazelles, la commune du père de l'Europe, Robert Schuman. "Et
Bénouville, remarque Marc, fut le premier lieu libéré en
Europe." Les compagnons du Horsa ont même droit à un clin d'oeil
de l'histoire. |