"Il refont le planeur du Jour J" (source Ouest-France)

Dans la campagne lorraine, des fous d'avions reproduisent à l'identique le premier planeur de Pegasus Bridge, le pont pris d'assaut par les Anglais dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, près de Caen. Une copie qui sera fin prête pour le soixantième anniversaire du Débarquement en 2004.

"Le planeur Horsa, c'est la pièce majeure du musée qui nous manquait. J'en rêvais." Marc Jaquinot, directeur du Mémorial Pegasus de Bénouville joue au commandant de bord dans le cockpit naissant. Le nez profilé frotte la porte du hangar. Dérrière, le large et long fuselage, tout contre-plaqué. Dans l'ancienne menuiserie du village lorrain de Lachaussée, deux fous d'avions se sont lancés dans une aventure un peu folle pour le soixantième anniversaire de Débarquement, en 2004. Aidés d'une bande de copains, Michel Lefort et Thierry Paigon reproduisent à l'identique un des fameux planeurs Horsa, libérateurs du pont de Bénouville. Au nord de Cean, ce haut-lieu historique, devenu Pegasus Bridge, fut le premier endroit libéré par les Anglais, le 6 juin 1944, à 0h16.

"Les gars, saviez-vous qu'il y a une erreur dans le Jour le plus long? Ils ont inversé la place du pilote. Tous les virages se sont pris à droite. Dans le film, ils virent à gauche!" Les gars savaient. Accros du détail, Michel Lefort et Thierry Paigon, deux Normands devenus Lorrain par les hasards de lavie, sont incollables sur l'histoire du Horsa, l'hélicoptère de l'époque.
"Quand le Comité du débarquement, proprétaire du musée, nous a donné son accord, l'été dernier, raconte Michel, nous sommes partis en Angleterre avec Marc à la recherche de documents, de témoignages."
Des 3 800 appareils de ce type construits pendant la guerre, 352 ont atterri, l'été 44, aux alentours du canal de Caen à la mer. Tous ont disparu. "C'étaient des planeurs Kleenex, inutilisables après usage." Seuls subsistent des morceaux chez des collectionneurs. "Pour le train avant, j'ai récupéré une roue d'époque."
Fils de pilote, "à l'époque où les HLM du quartier caennais de la Guérinière étaient encore terrain d'aviation militaire", Michel Lefort, mouliste de métier, a déjà construit "26 avions qui volent". Précision utile car le Horsa, lui, ne volera pas. "C'était la condition imposée par la compagnie anglaise De Haviland pour nous fournir les plans." Dans leur atelier de fortune, où il fait "très frisquet l'hiver", les avionneurs amateurs carburentau café et à la passion. "Celui qu'on fabrique s'est posé à 0h16. C'était le premier avec vingt-huit hommes à bord. Tracé par un Dakota, il fut lâché au-dessus des plages du Calvados." L'histoire est au bout du rabot, dans ce village perdu de Lorraine, voisin de Scy-Chazelles, la commune du père de l'Europe, Robert Schuman. "Et Bénouville, remarque Marc, fut le premier lieu libéré en Europe." Les compagnons du Horsa ont même droit à un clin d'oeil de l'histoire.

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